
C’est la question qui revient à chaque conférence, chaque démo, chaque discussion sur l’IA dans les cabinets. Ces outils vont-ils finir par rendre les juristes et les comptables obsolètes ? Quand on voit la rapidité avec laquelle l’IA génère des documents, analyse des données et répond à des questions complexes, l’inquiétude se comprend et ce encore plus depuis la sortie de l’un des derniers modèles d’Anthopic entrainé sur des sujets juridiques.
Vérane Faure, docteure en sciences cognitives et cofondatrice de JurIA, travaille dans l’intelligence artificielle depuis ses études. Elle a conçu les algorithmes qui font tourner JurIA au quotidien. Sa réponse à cette question est catégorique.
Cet article est issu de l’interview de Vérane que vous trouverez directement sur notre compte Youtube.
Vérane ne tourne pas autour du pot ! Pour elle, l’idée que l’IA va remplacer les professionnels du droit et du chiffre ne repose sur rien de concret.
C’est un point technique fondamental qu’il faut bien comprendre : l’IA d’aujourd’hui est spécialisée. Je m’explique ! Un algorithme qui analyse un FEC ne sait pas rédiger un contrat de cession. Un modèle qui détecte l’intention d’un utilisateur dans un chatbot ne sait pas négocier avec un client. Chaque brique d’IA est conçue pour une tâche précise, et c’est précisément ce qui la rend particulièrement efficace sur cette tâche.
Cependant, cette spécialisation est également sa limite absolue. Un juriste, un comptable, un expert-comptable ne font pas qu’une seule chose. En effet, ils analysent, interprètent, conseillent, négocient, anticipent. Ils comprennent le contexte humain, financier et stratégique d’un dossier. Aucune IA actuelle n’est capable de faire tout cela !
Au-delà de la limitation technique, il y a un cadre réglementaire plus ou moins défini. Vérane rappelle qu’en Europe, l’utilisation de l’IA commence à être encadrée. Et pour cause : l’IA n’a pas le sens des choses.
Si l’IA n’est pas là pour remplacer, alors à quoi sert-elle ? Selon Vérane, l’objectif n’est pas de faire le travail du juriste ou du comptable à sa place mais plutôt de le débarrasser de tout ce qui lui prend un temps fou sans lui apporter grand-chose.
Dans un cabinet, ces points de douleur sont souvent bien identifiés. Généralement, il s’agit de la ressaisie de données sur différents supports ou de la fiche navette statique avec des dizaines de questions dont la moitié ne concerne pas le dossier. C’est également les allers-retours entre comptable et juriste pour obtenir une information qui aurait pu être récupérée automatiquement en plus du stress de la période d’approbation des comptes où chaque erreur coûte du temps et de l’argent.
Plutôt que de remplacer, l’IA permet de se recentrer. Vérane décrit une réalité que tous les professionnels du chiffre et du droit connaissent bien : en période d’approbation des comptes, la charge est intense. Même quelqu’un de très qualifié, quand il enchaîne les dossiers et qu’il est harcelé de questions, finit par laisser passer un détail. Et malheureusement, chaque erreur a des conséquences financières directes.
Dans ce cas, l’IA change complétement la donne : non en remplaçant le professionnel, mais en lui permettant de se concentrer sur ce qui compte vraiment dans chaque dossier. Quand l’IA a déjà récupéré et structuré les informations en amont, quand les questions sont ciblées et pertinentes, quand la ressaisie manuelle disparaît, le professionnel peut enfin consacrer son énergie à l’analyse, au conseil, à la stratégie. En d’autres termes, les véritables missions pour lesquelles il est là !
Avec la fiche navette intelligente de JurIA, le comptable ne remplit plus un formulaire générique de 40 questions. Il répond à des questions ciblées sur son cœur de métier, dans un ordre logique, adaptées à la société concernée. Le juriste prend ensuite le relais sur ses propres compétences. L’IA a mâché le travail en amont, les professionnels n’interviennent que là où leur expertise est indispensable.
On arrive à un professionnel qui ne perd plus de temps sur de la ressaisie et des allers-retours et qui commet moins d’erreurs parce que les questions sont ciblées. Vous pouvez enfin vous concentrer sur le conseil client, sur les sociétés plus complexes, sur les formalités qui demandent une véritable réflexion stratégique et qui peuvent être très stimulantes.
Si les limites de l’IA sont aussi claires, pourquoi tant de professinnels restent-ils méfiants ? Pour Vérane, la réponse tient en un mot : la communication. Nous ne parlons pas ici de celle des cabinets, mais celle qui entoure l’IA en général.
Vérane est dans le domaine de l’IA depuis suffisamment longtemps pour avoir vécu les cycles de hype et de désillusion. Elle rappelle que l’IA s’est déjà “cassé la figure deux fois” par le passé et que cette communication anxiogène n’est pas nouvelle. À cause de celà, les professionnnels - et particuliers d’ailleurs - se retrouvent bombardés d’informations contradictoires avant même d’avoir compris ce que l’IA peut réellement faire pour eux.
Son conseil pour dépasser cette impasse est pragmatique : prendre le temps de comprendre, échanger avec ses équipes, et définir ensemble un cadre clair d’utilisation.
Pour conclure, Vérane rappelle que la valeur d’un cabinet ne réside pas dans la saisie de données, le remplissage de fiches navettes ou la production répétitive d’actes standards. Elle réside dans le conseil, la stratégie, l’accompagnement, le partage d’expérience, la relation de confiance avec les clients.
L’IA libère du temps et ce que vous faites de ce temps, c’est là que votre expertise fait toute la différence. Aucune machine ne pourra le faire à votre place !
L’IA ne remplace pas les juristes et les comptables. Elle ne le peut pas techniquement (elle est spécialisée sur des tâches précises) et ce n’est tout simplement pas son objectif.
Ce qu’elle fait, c’est s’attaquer aux tâches chronophages, répétitives et frustrantes qui empêchent les professionnels de se concentrer sur ce qui fait la valeur de leur métier. Dans le cas des professionnels du droit et des chiffres, il s’agit du conseil, de l’analyse, de la stratégie et surtout de la relation client.
Finalement, j’ai envie de dire que la question n’est pas “est-ce que l’IA va me remplacer ?” mais plutôt “qu’est-ce que je pourrais accomplir si je n’avais plus à perdre du temps sur tout ce qui ne nécessite pas mon expertise ?”

Myriam Haroun est Responsable Marketing chez JurIA depuis août 2025. Spécialiste du marketing digital et passionnée par l'IA juridique, elle pilote la stratégie de communication et marketing. Diplômée d'un Double Master en Digital Marketing, elle combine expertise marketing (SEO, content, CRM) et compréhension des enjeux juridiques pour accompagner la croissance de JurIA.


