
L’IA est présente à toutes les lèvres et stylo : sur les réseaux, dans la presse, dans les salons professionnels. Les cabinets d’expertise comptable, y compris, savent qu’ils devront tôt ou tard intégrer ces outils dans leur quotidien. Cependant, entre le savoir et le faire, il y a un fossé que beaucoup peinent à franchir.
Ce n’est pas un problème de technologie mais plutôt un problème d’accompagnement. Vérane Faure, docteure en sciences cognitives et cofondatrice de JurIA, observe ce phénomène depuis des années, aussi bien les professionnels avec lesquels elle travaille dans le cadre de son activité en tant que CEO d’AlgoLab qu’avec les étudiants qu’elle forme à l’algorithmique. Nous vous proposons en exclusivité ses conseils, tirés de sa propre expérience sur l’adoption de l’IA et applicables dès demain 😉
Quand un cabinet hésite à adopter l’IA, la première réaction est souvent de se dire que les équipes ne sont pas prêtes ou que le moment n’est pas le bon. Pour notre docteure, la racine du problème est ailleurs. En effet, pour Vérane, elle est dans la façon dont nous parlons de l’IA en général.
Vérane est dans le domaine de l’Intelligence Artificielle depuis ses études en sciences cognitives à Bordeaux. Elle a traversé les périodes où il fallait cacher que nous faisions de l’IA, puis celles où tout le monde s’est mis à en parler sans forcément comprendre de quoi il s’agissait réellement. C’est précisément cette succession de messages contradictoires qui crée l’anxiété actuelle autour de l'IA.
Les dirigeants de cabinet, comme tous les chefs d’entreprise, sont exposés à un flux constant d’informations sur l’Intelligence Artificielle. Dans cette masse, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous…
La résistance à l’IA dans les cabinets n’est pas irrationnelle. Elle est le résultat d’un bruit médiatique qui brouille les repères. Nous avons néanmoins une bonne nouvelle : cette résistance peut être facilement désamorcée !
Le premier réflexe de Vérane n’est pas de recommander un outil ou une technologie mais plutôt d’une conversation avec votre équipe. Avant de parler d’IA, il faut que les équipes puissent s’exprimer librement.
Ce temps de dialogue n’est pas du temps perdu. En effet, il permet de désamorcer les peurs irrationnelles, de canaliser les enthousiasmes, et surtout de faire émerger un consensus sur la manière dont l’IA sera utilisée dans le cabinet. Chaque collaborateur a un point de vue différent, une expérience différente avec la technologie. Ignorer ces différences, c’est garantir une adoption ratée.
Vérane anime régulièrement ce type de sessions avec ses étudiants. Elle organise des temps d’échange où chacun peut parler d’intelligence artificielle librement, poser des questions, partager ses inquiétudes. Il s’agit de la même logique qui s’applique en cabinet : créer un espace sûr pour en parler avant de passer à l’étape suivante.
Une fois que le dialogue est ouvert, Vérane recommande de poser des règles. Je ne parle pas ici d’un règlement intérieur de 50 pages, mais plutôt d’un cadre simple qui répond aux questions essentielles : quelles données sont confidentielles et ne doivent jamais être envoyées à un outil externe ? Quelles données sont publiques et peuvent être traitées par une IA générative ? Quels outils sont autorisés dans le cabinet ? Pour quels usages ?
Ce cadre protège tout le monde. Tous les profils d’adoption de l’IA sont satisfaits : Les enthousiastes savent ce qu’ils peuvent faire et ce qui est interdit. Les réfractaires sont rassurés par des règles claires et peuvent s’engager progressivement sans craindre de faire une erreur. Le cabinet dans son ensemble gagne donc en cohérence.
Il est recommandé de ne pas chercher à tout automatiser d’un coup. L’approche la plus efficace, est de commencer par les tâches où la frustration est la plus forte et où le gain est le plus visible. Dans les cabinets, ces tâches sont généralement bien identifiées : l’approbation des comptes, les fiches navettes, la ressaisie de données, les allers-retours entre pôles.
L’adoption se fait naturellement lorsqu’un collaborateur voit que l’IA lui fait gagner 15 minutes sur une fiche navette et qu’il réalise qu’il peut se concentrer sur le conseil plutôt que sur la saisie. Le meilleur argument en faveur de l’IA, c’est l’expérience directe des bénéfices qu’elle apporte à chacun.
Dernier conseil et peut-être le plus important : ne pas se précipiter. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’y a pas de course à l’IA ! Chaque cabinet a son rythme, ses spécificités, ses équipes. L’essentiel est de prendre le temps de comprendre ce que l’IA est réellement, ce qu’elle peut apporter, et ce qu’elle ne peut pas faire.
Vérane insiste : les cabinets qui ont peur n’ont pas tort d’être prudents. Ils ont simplement besoin d’un accompagnement adapté et d’informations fiables, loin du bruit ambiant.
L’adoption de l’IA dans un cabinet ne se joue pas sur le choix de l’outil. Elle se joue sur la manière dont on prépare les équipes, dont on ouvre le dialogue, dont on définit les règles du jeu.
Les conseils de Vérane tiennent en quatre étapes : comprendre d’où viennent les résistances (la communication générale autour de l’IA), ouvrir le dialogue avec les équipes, définir un cadre clair qui distingue données confidentielles et données publiques, puis commencer par les tâches où l’impact est le plus immédiat et le plus visible.
Pas besoin de tout révolutionner du jour au lendemain. Il suffit de commencer au bon endroit, avec les bonnes règles, et d’avancer ensemble.

Myriam Haroun est Responsable Marketing chez JurIA depuis août 2025. Spécialiste du marketing digital et passionnée par l'IA juridique, elle pilote la stratégie de communication et marketing. Diplômée d'un Double Master en Digital Marketing, elle combine expertise marketing (SEO, content, CRM) et compréhension des enjeux juridiques pour accompagner la croissance de JurIA.


